Le propos des conférences est de faire le lien entre le salon de lutherie, les activités festives (concerts, bals) présentes au Son Continu et la longue histoire des musiques traditionnelles et populaires qui les sous-tend. Il s’agit d’une histoire récente, comme le collectage des années 1950 à 1980, ou plus ancienne, celle des luthiers et des instruments redécouverts au gré des recherches. La volonté d’œuvrer sur le terrain de l’éducation populaire est présente depuis longtemps dans les milieux folkloriques et du revival depuis 1970. Puissent donc ces héritages et savoirs exhumés nourrir les créations musicales des temps à venir…

Ainsi nous irons sur les pas de quelques collecteurs, à commencer par Christian Oller, qui a recueilli les répertoires chantés et joués, en particulier par les Violoneux corréziens dont il fut l’un des promoteurs. Yannick Guilloux, grande connaisseuse de la chanson berrichonne, nous fera découvrir Andrée Duffault, dite « La Dédé » qui chante encore, à 102 ans. Quant à François Gasnault, il suivra Claudie Marcel-Dubois et Maguy Pichonnet-Andral en Berry au début des années 1950, entre leur collecte de chansons auprès d’Euphrasie Pichon et leur présence au concours de Vielles et Musettes de Saint-Amand-Montrond.

Pour ce qui est de la lutherie, des experts berrichons et bourbonnais feront le point sur le travail de Jean Sautivet, le dernier facteur de « grandes cornemuses » en Berry, tandis que Denis Le Vraux nous fera découvrir la reconstitution de cornemuses médiévales à sacs de viscères.

Et nous n’oublions pas Michèle Fromenteau, sans qui nous ne serions pas là.

Jeudi 14 juillet, 17:00

Vanessa WEINLING, Mic BAUDIMANT : Hommage à Michèle FROMENTEAU

On peine à imaginer, aujourd’hui, l’influence marquée du Régionalisme sur les classes populaires, au tournant du XXe siècle et dans l’entre-deux guerres. Les intellectuels et les notables du Berry participèrent activement à l’engouement général et Monsieur Fromenteau, notaire à Poulaines (Indre), eut à cœur d’élever ses filles Nicole et Michèle dans cette mouvance. Leurs parents procurèrent de bons formateurs en vielle, instrument roi des fêtes paysannes : leur voisin Lambert, puis Gaston Guillemain et Gaston Rivière furent les maîtres choisis et adorés du joli couple d’adolescentes. Elles suivirent dans de nombreux déplacements les groupes folkloriques – alors en vue – de « La Claire Fontaine », à Poitiers et des « Thiaulins » de Lignières.

La vie… le jeu de ses joies et surtout de ses peines, laissèrent seule et désemparée la jeune Michèle. Aidée par Maurice, son chevalier servant, elle fit front, enrichit son répertoire populaire d’une recherche de répertoire ancien, d’une pratique au sein des orchestres baroques parisiens et de son inextinguible passion pour les instruments remarquables des XVIe, XVIIe, XVIIIe… XIXe siècles. On sait aujourd’hui la collection exceptionnelle de vielles et d’objets d’art que les Fromenteau-Bourg ont généreusement offerte au Musée de La Châtre.

Le temps faisant son œuvre, on oublie qu’elle fut l’initiatrice des Rencontres musicales de Saint-Chartier sous la houlette du « bon barger » Jean Louis Boncœur. L’actuel « Son Continu » n’a pas oublié ce qu’il doit à Michèle et à sa vision « européenne » des Musiques Traditionnelles du Château d’Ars, aux heures chaudes, estivales, légères, du mois de Juillet. Dès 1976, la fine fleur des collecteurs, ménétriers et luthiers s’y précipitent…. Beaucoup ont disparu mais nombreux sont ceux qui poursuivent la quête singulière de Michèle.

Vanessa Weinling, conservatrice du Musée de la Châtre, y a supervisé l’entrée de la collection de vielles de Michèle Fromenteau et Maurice Bourg. Les échanges nombreux avec les donataires lui ont permis de recueillir souvenirs et anecdotes, et d’entretenir une amitié au long cours.

Mic Baudimant, maître d’œuvre des « Thiaulins de Lignières » inspire les musiciens du Berry et alentours depuis plusieurs décennies, contant, chantant et musiquant avec talent. On lui doit, entre autres, le maintien de l’intérêt pour le briolage – chant de labour en usage dans nombre de contrées –, qu’il était venu présenter sur la scène du Château d’Ars il y a quelques années.

Vendredi 15 juillet, 15:00

Denis LE VRAUX : « Au son des gogues et des vessies », Les cornemuses médiévales à sacs de viscères

Tous les sacs des cornemuses primitives n’étaient pas en cuir, certains étaient en viscères. La vessie, bien sûr, mais aussi d’autres parties d’intestins dont la baudruche (appelée aussi gogue) ou la caillette de veau. Ces viscères, une fois tannés à la cendre de bois, gardent en effet souplesse et élasticité et conviennent parfaitement à l’usage d’un sac de cornemuse. Leurs formes sont très particulières et identifiables sur de nombreux documents iconographiques médiévaux (enluminures, sculptures, vitraux…). Une douzaine de modèles de cornemuses médiévales ont été reconstituées d’après des documents anciens, chacune d’elle a fait l’objet d’une étude alliant archéologie, littérature et savoirs faire traditionnels. Ainsi, au fil des découvertes, notre étude conduit à affiner la connaissance des cornemuses médiévales et particulièrement la matière dont les sacs étaient faits.

Denis Le Vraux étudie la musique traditionnelle d’Anjou, Vendée et Mayenne depuis le milieu des années 1970. Il a appris le répertoire et les techniques du violon et de l’accordéon diatonique avec les derniers « routiniers », a collecté et publié de nombreux enregistrements. Membre fondateur du groupe Ellébore, il accompagne en chansons le renouveau des bateaux de Loire. Il rejoint l’APEMUTAM (Association pour l’étude de la musique et des techniques dans l’art médiéval) à l’occasion de l’étude d’une muse en os du château de Mayenne. Il participe à des expositions et colloques sur les instruments de musique médiévaux en os et sur les cornemuses à sacs de viscères dont il propose des restitutions.

Vendredi 15 juillet, 17:00

François GASNAULT : À l’écoute des paysages sonores de la France rurale au temps de « la fin des paysans » – Les enquêtes de Claudie Marcel-Dubois et Maguy Pichonnet-Andral en Berry-Bourbonnais (et autres terrains si affinités…)

Chercheuses CNRS opérant au musée des arts et traditions populaires de sa création (1937) à leur départ à la retraite dans les années 1980, Claudie Marcel-Dubois (1913-1989) et Maguy Pichonnet-Andral (1922-2004) sont considérées comme les fondatrices de l’ethnomusicologie de la France. De 1939 à 1984, elles ont été presque chaque année sur le terrain, rassemblant au fil de leurs enquêtes des milliers d’enregistrements et de photographies qui forment un corpus d’archives ethnographiques sans équivalent, désormais accessible sur Internet (à l’adresse http://les-reveillees.ehess.fr/ ). Après une présentation de leurs profils biographiques et des principaux axes de leurs recherches, François évoquera leurs rencontres avec trois grandes figures des musiques de tradition orale en Berry et en Bourbonnais : la chanteuse et conteuse Euphrasie Pichon, dite la Fraisie, le vielleux et cornemuseux Gaston Rivière et le luthier Jacques-Antoine Pajot, dernier représentant d’une dynastie qui a fait du village de Jenzat le plus important centre de production français de vielles à roue.

Archiviste-paléographe, conservateur général du patrimoine, François Gasnault a dirigé plusieurs centres d’archives ministériels et territoriaux. Comme chercheur, il a étudié en historien les bals publics et la danse sociale à Paris au XIXe siècle. Désormais spécialisé en anthropologie historique des pratiques culturelles, il mène de front une ethnographie des réseaux « revivalistes » français, une épistémologie de l’institution de l’ethnomusicologie du domaine français et une mise en perspective dans la longue durée (XIXe-XXe siècles) des collectes sur le terrain des musiques de tradition orale, ménageant une attention spéciale au renouvellement de la posture du collecteur dans la relation avec ses « informateurs ».

Samedi 16 juillet, 15:00

Mes premières collectes, conférence ludique de Christian OLLER

Depuis quelques années, à ma grande surprise, je suis régulièrement sollicité par des musiciens, chercheurs, étudiants qui s’interrogent sur l’époque des premières collectes réalisées par de jeunes urbains auprès de musiciens de campagne, dans les années 1970-80.

Les pochettes et livrets des diverses publications (dont certaines sont devenues des classiques comme les « violoneux corréziens » et plusieurs disques ou CD de collecte que j’ai réalisés ou co-réalisés) ne suffisent pas à étancher la soif de curiosité de ces personnes qui veulent en savoir plus : quand le collecteur devient collecté ! Comment ça se passait ? Comment êtes-vous arrivés chez ces musiciens, ces chanteurs? Comment étiez-vous accueillis ? Etc.

J’ai donc été emmené à replonger dans cette discographie, à recompulser des photographies, à revoir de vieux films, relire une partie de cette histoire qui me semble comme une épopée aujourd’hui. Donc « Ma première semaine de collectage, sa vie, ses mœurs », voilà le titre de cette intervention, non sans humour et musique bien sûr.

Remerciements au CMTRA et La Chanterelle qui m’ont permis de créer cette intervention.

Christian Oller est l’un des « grands anciens » du revival des musiques traditionnelles du Massif Central. Membre fondateur du Grand Rouge, il a participé à l’aventure de redécouverte des Violoneux corréziens. Il collecte toujours avec bonheur dans les vallées d’Ardèche.

Samedi 16 juillet, 17:00

Yannick GUILLOUX : La « Dédé », chanteuse berrichonne centenaire !

Andrée Duffaut, dite « la Dédé » pour ses amis, est une dame d’une rare personnalité. Sa vie, désormais plus que centenaire, a été celle d’une modeste paysanne du Berry. Elle est née dans une famille où l’on chantait toujours, en toute occasion, les joies comme les peines. Dotée d’une mémoire peu commune et d’un grand talent de chanteuse, elle a su transmettre à son entourage un répertoire très ancien d’une singulière richesse, perpétué par la tradition orale et familiale. Avec le plaisir constant de chanter, « la Dédé » garde aussi un véritable enthousiasme à écouter le bruit du monde. Nous découvrirons ensemble cette personnalité hors du commun.

Yannick Guilloux chante depuis longtemps, que ce soit au sein des Thiaulins de Lignières, de Roulez fillettes, ou simplement « dès que cela lui chante ». Docteur en lettres, elle connaît bien l’histoire de l’intérêt pour le « populaire » en Berry, où elle garde des liens forts depuis la Provence où elle vit maintenant.

Dimanche 18 juillet, 15:00

Jean-Jacques SMITH, Jean Sylvain MAÎTRE : Les cornemuses SAUTIVET 

Le mystère Jean Sautivet… La vie et l’œuvre de Jean Sautivet (1798-1867) restent une énigme dans l’histoire des facteurs de musettes, bien qu’il soit certain qu’il en fut l’un des facteurs les plus remarquables. Héritier et garant des secrets de fabrication des facteurs de cornemuses de l’Ancien Régime, les décors de ses instruments sont encore utilisés aujourd’hui.

Jean-Jacques Smith, musicien-chercheur-vigneron berrichon, traque inlassablement Jean Sautivet depuis sa redécouverte à la fin du XXe siècle, allant jusqu’à lui offrir le support de la BD pour le faire mieux connaître. Jean Sylvain Maître, luthier honoraire, a étudié de près ses instruments, leurs décors – guillochis, incrustations – et leurs particularités organologiques.

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