Au-delà de son aspect festif, le son continu se veut être un lieu où s’échangent les savoirs, et où la distance entre l’artiste et son public est réduite au maximum : les musiques promues par le son continu s’éloignent des pratiques du « star-system ». La relation privilégiée que le musicien entretient avec son luthier, dans le cas où celui-ci est un véritable artisan, est au centre des préoccupations du son continu.
On trouvera donc, durant le festival, un lieu où s’exprimeront :

– des historiens et des luthiers, venant éclairer l’histoire des musiques et instruments célébrés par le son continu
– des artistes, présentant « hors scène » le contexte dans lequel ils créent, témoignant de leur réflexion sur l’analyse et la transmission de leur art.

Les conférences, librement accessibles, se déroulent dans une salle du château. La jauge modeste (environ 80 places) permet une grande proximité entre les intervenants et le public. Les modes de communication sont variés : projections, présentation orale, jeu musical… Un échange, type « questions-réponses » peut s’instaurer avec l’auditoire.


Jeudi 13 juillet – 17 h

Conférence de Shadi Fathi : Poésies et musique – amoureuses et mystiques – de la tradition persane.

« Il n’est pas de voile entre l’amant et l’Aimé
Tu es ton propre voile, Ô Hafez, Dévêts-toi de toi-même. » Hafez

Shadi Fathi parlera de la place de la poésie en Iran. Associée à tous les moments de la vie, la poésie est aussi le média de la méditation philosophique. C’est dans le langage poétique que les Iraniens ont exprimé leurs idées les plus profondes. La poésie est au centre de tous les arts. Durant des siècles, elle a enchanté les audiences des princes, comme elle a enflammé les auditoires des mystiques. Tout Iranien, s’il n’est pas poète, sait goûter les vers…
Ce moment d’échange poétique avec le public sera accompagné des morceaux de musique, interprétés par Shadi Fathi.

Née en 1977 à Téhéran, de famille kurde, Shadi Fathi s’est formée au sétar auprès d’Ostad Dariush Tala’i, très grand maître de tar et de sétar. Elle en est devenue soliste concertiste dès l’âge de quinze ans. Pour parfaire ses connaissances, elle a étudié le zarb avec Arash Farhangfar et le daf avec Mehrdad Karim-Khavari, dans la lignée de la confrérie Ghaderiyeh du Kurdistan Iranien. En 2002, elle s’installe en France et intègre de nombreux projets (musique, danse, théâtre) qu’elle enrichit de sa pratique de la musique classique persane.

Shadi-Fathi-son-continu

Vendredi 14 juillet – 17 h

René ZOSSO (avec la participation de Anne Osnowycz) : « Penser Modal » dans l’espace des bourdons, une approche théorico-pratique de la modalité occidentale

La musique tonale, savante et polyphonique, regarde parfois de haut ses parents pauvres : le chant à une voix, du Moyen Age et de la tradition populaire. Or ces musiques appartiennent à une autre civilisation musicale, plus proche de l’Inde que de Mozart, qui, reposant sur les bourdons – deux sons fixes, pivots de la mélodie –, utilise diverses échelles : les modes. S’appuyant sur une rhétorique de tensions-détentes, la musique modale atteste ainsi une richesse certaine. Mais méconnue.
Puisqu’il “chante et vielle” depuis 50 ans, René Zosso connaît l’art de situer sa voix dans l’espace des bourdons. En témoigne le double DVD « Penser Modal » qu’il publie en 2017. Des “chansons à répondre” de la tradition et quelques exemples médiévaux nous donneront quelques clés pour comprendre et ressentir l’originalité de nos musiques modales.

Né à Genève en 1935, René Zosso se tourne d’abord vers le théâtre, puis donne ses premiers concerts solos « chante et vielle » en 1962. Chanteur-vielleux attitré du Clemencic Consort (Vienne) pour les programmes consacrés au Moyen Age, il enregistre avec cet ensemble prestigieux plusieurs disques ; il a collaboré aussi à d’autres groupes : Micrologus, Lucidarium, Hora Decima (Italie). Depuis 1976, il joue en duo avec Anne Osnowycz et leurs récitals de chants et musiques des 12e et 13e siècles ont été présentés dans toute l’Europe. Parallèlement à sa carrière de musicien, René Zosso mène une activité de récitant-lecteur, avec Alla Francesca (Centre de Musique médiévale de Paris), ou encore dans différents programmes de Jordi Savall : les Cathares, Jérusalem, Jeanne la Pucelle, l’Eloge de la Folie d’Erasme.


Samedi 15 juillet – 17 h

Gérard Guillaume : Les Gâs du Berry, entre mythe et réalité

L’intérêt de George Sand pour les moeurs et la culture paysanne trouve un prolongement dans le grand mouvement de « revivalisme » qui balaie la France à la fin du XIXe siècle : la société des « Gâs du Berry et aultres lieux du Centre » est fondée par le sculpteur Jean Baffier, de Sancoins (Cher) et Edmond Augras, biscuitier établi à Châteauroux (Indre) en 1888. Se constituèrent alors dans beaucoup de villes (de Bourges à… Paris !) des groupes de musiciens, souvent multi-instrumentistes, qui, vêtus de « biaudes », interprétaient la musique traditionnelle sur la vielle et la cornemuse.

Pendant plusieurs années, Gérard Guillaume a étudié les archives de la société de La Châtre, la seule qui survive aujourd’hui. À l’aide de diapositives et d’illustrations sonores, il évoquera la vie de ces musiciens, aussi bien lors de leurs déplacements collectifs que dans leur vie quotidienne, professionnelle et artistique. Avec respect, il abordera aussi certaines zones d’ombre que l’hagiographie préfère ignorer.
Après des études de physique-chimie, Gérard Guillaume, né à Paris dans une famille en partie originaire du Bas-Berry, s’est tourné vers l’administration de l’Éducation Nationale. Passionné d’histoire et de patrimoine, il est rédacteur depuis 1985 au sein de l’équipe de « La Bouinotte », le magazine du Berry. Comme musicien, il s’est fait connaître du grand public en tant que président de l’Association « Convergences » (Regroupement de musiciens traditionnels de l’Indre et du Cher), vice-Président du Comité George Sand et cofondateur du Festival « Pierres qui chantent en Vallée Noire ». Multi-instrumentiste autodidacte, il a découvert successivement depuis l’adolescence les flûtes et guitares des Andes puis la cornemuse, avant d’apprendre « sérieusement » la guitare classique et le violon. Cofondateur de plusieurs ensembles (dont « Sonnez Bourdons », « La Confrérie de Saint-Julien » et « Belle Germaine » (folk rock), il anime également certaines veillées avec des conteurs. Ces diverses activités l’ont amené à étudier les origines des musiques traditionnelles en Berry et à s’intéresser plus particulièrement à l’histoire de la société des Gâs du Berry.


Dimanche 16 juillet – 14 h

Daniel Sinier et Françoise de Ridder : La dynastie des Louvet, facteurs de vielles.

Véritables chefs-d’oeuvre de la lutherie française du XVIIIe, les vielles fabriquées par la famille Louvet ne cessent pas de nous étonner par leurs qualités et leur beauté. Mais que sait-on sur cette dynastie : Georges, Jean, Pierre, Jean (ou Jean-Pierre ?), et Alexandre-Victor ? Repérés de la Normandie à Paris et Lyon, voire à Mirecourt, leur généalogie est loin d’être limpide. Venus en voisins, les plus célèbres luthiers de Saint-Chartier – ils y travaillent à l’année – viendront lever une partie du voile.

Pour tous les deux études supérieures aux “Arza”, École nationale supérieure des arts appliqués, après quoi nous nous établissons en 1971 à Paris. En 1979, avec nos deux garçons nous déménageons pour Saint-Chartier (Indre) ou un camarade des Arza, Vincent Portier, avec Jean-Louis Boncoeur et le couple Bourg-Fromenteau a démarré le festival de Saint-Chartier et ses Rencontres. Durant ces années nous nous sommes consacrés exclusivement à l’expertise, la restauration et le négoce des instruments anciens et patrimoniaux et avons à ce jour restauré plus de 4000 instruments. Depuis 2006, nous avons écrit 3 ouvrages consacrés aux guitares anciennes françaises faites entre 1650 et 1950 et un quatrième volume est en train, consacré aux guitares espagnoles. Nous collaborons à de nombreuses revues et événements autour de la lutherie, son histoire, son patrimoine, ses problèmes et ses solutions, tant en France qu’à l’étranger.